Version imprimable ANGKOR VAT ( première partie )

évocation de Somerset Maugham suivie d'une étude de l'art de l'écrivain

Mots-clés :

 premier extrait ( fragment 38 )
" Le Vat d'Angkor est orienté d'est en ouest, si bien que le soleil se lève exactement derrière les cinq tours qui le dominent. Une large douve l'entoure que l'on franchit sur une grande chaussée dallée, et les arbres se reflètent gracieusement dans l'eau dormante.
C'est un monument plus majestueux que beau, et il n'acquiert  un charme émouvant que grâce aux feux du soleil couchant ou à l'éclat laiteux de la lune. Il est d'un gris légèrement verdi par la mousse et la moisissure que les saisons des pluies ont laissé derrière elles, depuis qu'il existe. Mais au coucher du soleil, il prend une teinte chamois, à la fois pâle et chaude. A l'aube, quand une brume argentée baigne la campagne, les tours prennent un aspect irréel; elles acquièrent alors une légèreté vaporeuse qu'elle ne possèdent  pas dans la lumière blême et dure de midi. Deux fois par jour, au lever et au coucher du soleil, un miracle se produit et elles accèdent à une beauté qui les transcende. Elles deviennent les tours mystiques de l'âme. Le temple et ses annexes sont édifiés selon un plan strictement conventionnel. "

second extrait ( fragment 39 )
" Ce soir-là, une troupe de danseuses cambodgiennes se produisait sur le terre-plein en face du temple. Des garçons nous escortèrent le long de la chaussée, portant une centaine de torches allumées. Leur résine emplissait l'atmosphère d'une odeur âcre mais plaisante. Ils formèrent un grand cercle de flammes vacillantes et indécises sur le terre-plein, et les danseuses, au centre, exécutèrent leurs figures étranges. Des musiciens, cachés par les ténèbres, jouaient sur des flûtes ou des tambours et des gongs une musique vague et rythmée, qui agaçait les nerfs. Mon oreille attendait, frémissant d'impatience, que d'une mélodie insolite se dégage une harmonie mais sans jamais la saisir. Les danseuses portaient des robes ajustées aux couleurs éclatantes, et elles étaient coiffées de hautes couronnes. En plein jour, elles auraient sans doute donné une impression de faux éclat mais, dans cette lumière surprenante, elles avaient une splendeur et un mystère qu'il est rare de trouver en Orient. Leur visage impassible, livide sous la poudre, ressemblait à un masque. Elles ne laissaient aucune émotion, aucune pensée fugitive troubler la fixité de leur expression. Leurs mains aux petits doigts effilés étaient belles et, à mesure qu'elles dansaient, leurs gestes raffnés et compliqués en soulignaient l'élégance et le charme. Les danseuses ne s'abandonnaient pas. Leurs poses étaient hiératiques et leurs mouvements cérémonieux. On aurait dit des idoles animées portant encore l'empreinte de leur divinité. "


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