Version imprimable ODE MARITIME

fragment - 3 -

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( le poète implore les "pirates" )

Ah ! Torturez-moi pour me guérir !
Ma chair- faites-en l'air que vos sabres pourfendent
Avant de s'abattre sur les têtes et sur les épaules !
Que mes veines soient les habits lacérés de vos poignards !
Mon imagination, le corps des femmes que vous violez !
Mon intelligence, le pont où vous êtes debout en train de tuer !
Ma vie entière, dans son ensemble nerveux, hystérique, 
           absurde,
Le grand organisme dont chaque acte de piraterie perpétré
Serait une cellule consciente- et que tout entier je tourbillonne,
Immense pourriture ondoyante, et que je sois tout cela !
Avec une vitesse maintenant démesurée, effroyable,
La machine de fièvtre de mes visions déchaînées
Tournoie et ma conscience-volant
N'est plus qu'un cercle de brume sifflant dans l'air.

             Fifteen men on the Dead Man's Chest.
             Yo-yo ho and a bottle of rum !

Eh-lahô - lahô-lahô- laHO--- lahà-à-ààà---ààà...

Ah ! la sauvagerie de cette sauvagerie ! Merde
A toute vie comme la nôtre qui n'est que tout cela !

Me voici, moi, ingégnieur, pragmatique malgré moi, sensible à 
             tout,
Me voici par rapport à vous arrêté, alors même que je marche,
Inerte, même quand j'agis; faible, même quand je m'impose,
Statique, brisé, couard dissident de votre Gloire,
De votre grande dynamique stridente, chaude et sanglante !

La barbe ! Ne pouvoir agir en accord avec son délre !
La barbe ! Etre toujours accroché aux jupons de la civilisation !
Traîner la douceur des moeurs sur mon dos comme un balluchon
           de dentelles !
Colporteurs que nous sommes tous de l'humanitarisme moderne !
Imbéciles de phtysiques, de neurasthéniques, de lymphatiques,
Sans le courage, la violence et l'audace d'être des hommes,
L'âme comme une poule attachée à la patte !

Ah ! les pirates ! les pirates !
La soif de l'illégal uni au féroce,
La soif des choses absolument cruelleset abominables
Qui ronge comme un rut abstrait nos corps débiles,
Nos nerfs fémiins et délicats,
Et  injecte de grandes fièvres folles dans nos regards vides !

Obligez-moi à m'agenouiller devant vous !
Humiliez-moi et battez-moi !
Faites de moi votre esclave et votre chose !
Et que votre mépris pour moi ne m'abandonne jamais,
Ô mes seigneurs, ô mes seigneurs !

                                                                                              ... / ...
 

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